Le saviez-vous ?

Les origines et l’histoire du kig ha farz

Le kig ha farz, littéralement traduit du breton par « viande et far », est sans doute l’un des plats les plus emblématiques de la gastronomie bretonne. Ancré dans la culture culinaire du pays du Léon, au nord du Finistère, il n’a pas perdu de sa superbe et continue de nous faire saliver au travers de toute la Bretagne et au-delà, peut-être même dans votre propre famille ! Retour sur l’histoire de ce mets breton cultissime, à la fois simple et nourrissant et symbole de convivialité.


Une origine géographique précise : le pays du Léon

Le kig ha farz trouve ses racines dans le pays du Léon, une région située au nord du Finistère. Cette zone, bordée par la Manche, se caractérise par son climat océanique, ses sols fertiles et une longue tradition agricole. Historiquement, le pays du Léon était considéré comme étant relativement prospère par rapport à d’autres parties de la Bretagne, grâce à la culture intensive des légumes et à un commerce actif.

Dans ce contexte, le kig ha farz est apparu comme une réponse à des besoins économiques et pratiques. Les paysans et les familles nombreuses de cette région avaient besoin d’un plat capable de nourrir efficacement, tout en utilisant des ingrédients locaux et peu coûteux. Ce plat symbolise donc un certain équilibre entre la frugalité et la générosité, caractéristique de la culture bretonne.


Un pot-au-feu pas tout à fait ordinaire 

Le kig ha farz se compose principalement de trois éléments :

  • Le « kig », terme breton désignant la viande, généralement du bœuf ou du porc.
  • Le « farz », une sorte de bouillie à base de farine, qui peut être soit blanche (farz gwinizh) soit de sarrasin (farz du) ou les deux ensemble !
  • La sauce lipig, un accompagnement à base de beurre fondu et d’échalotes, souvent enrichi d’un peu de bouillon

La présence du farz, à base de farine de blé noir, s’explique par la prédominance de cette culture dans la Bretagne traditionnelle. Le sarrasin, introduit en Europe au Moyen Âge, s’est rapidement imposé dans cette région en raison de sa résistance aux climats humides et à ses sols granitiques, moins propices à d’autres céréales comme le blé tendre. Peu coûteuse et très nutritive, la farine de sarrasin constituait une base essentielle de l’alimentation paysanne.

Le choix de la viande, quant à lui, était influencé par la disponibilité locale et la situation économique des foyers. Les familles les plus modestes utilisaient des morceaux peu chers ou des restes, tandis que les jours de fête ou lors des grandes occasions, des morceaux plus nobles étaient privilégiés. Le tout était cuit longuement dans un bouillon avec des légumes locaux comme le chou, les carottes ou les poireaux, permettant de réaliser un plat complet et roboratif.


Une cuisson longue et traditionnelle

La cuisson est un élément central dans la préparation du kig ha farz. Tous les ingrédients sont cuits ensemble dans une grande marmite d’eau bouillante, une méthode qui permet de concentrer les saveurs tout en économisant du temps et du combustible, un aspect crucial dans les foyers ruraux d’autrefois.

Le farz est enfermé dans un sac en toile spécifique, appelé « sac à farz » (farz poch ou farz mañch), qui l’empêche de se désagréger tout en permettant une cuisson uniforme dans le bouillon. Ce procédé était particulièrement astucieux et courant dans les foyers modestes où l’on utilisait parfois… une manche de chemise. 

Une fois cuit, on démoule ainsi un bloc bien compact que l’on peut soit émietter, soit couper en tranches. Le farz est émietté (notamment le farz noir, qui peut être réduit en miettes appelées “bruzunog”) et arrosé d’une sauce à base de beurre fondu et d’échalotes, le lipig. Il convient de préciser que cette sauce lipig était la sauce des grands jours, préparée plus communément avec des oignons de Roscoff. Le restant de farz était souvent réutilisé pour les autres repas à venir, revenu en tranches dans la graisse ou dans du beurre (farz fritet)


Une transmission familiale

Le kig ha farz est longtemps resté un plat régional, préparé de façon quasi exclusive dans les foyers du pays du Léon. Sa recette s’est transmise de génération en génération, souvent sans être couchée par écrit, ce qui a permis l’émergence de nombreuses variantes locales et familiales. Certains ajoutaient des pruneaux ou des raisins secs au farz, tandis que d’autres modifiaient les proportions des légumes et des viandes en fonction des goûts et des disponibilités.

Ce caractère évolutif reflète bien l’adaptabilité de la cuisine bretonne, souvent dictée par les saisons et les contraintes économiques. C’est aussi ce qui explique que le kig ha farz, malgré son ancrage dans une région précise, suscite un attachement fort parmi les Bretons de tous horizons.


Une prospérité intacte et un symbole de fierté culinaire

Contrairement à d’autres plats traditionnels qui ont parfois été oubliés, le kig ha farz a conservé une place de choix dans la culture culinaire bretonne. Ce plat a traversé les époques sans perdre de son importance, grâce à l’attachement des Bretons à leurs traditions et à leur patrimoine.

Aujourd’hui, le kig ha farz est non seulement toujours dégusté dans de nombreux foyers, mais également à la carte de certains restaurants régionaux. Des chefs mettent en avant cette recette en valorisant des produits locaux et parfois bio, tout en respectant la préparation traditionnelle. Dans sa version moderne, il peut être présenté de manière épurée, mais conserve son essence de plat familial et convivial. 


Les revisites modernes du kig ha farz

Avec l’évolution des goûts et l’influence de la cuisine contemporaine, le kig ha farz a inspiré de nombreuses revisites tout en conservant son essence traditionnelle. Parmi les variantes, on trouve des versions où la viande est remplacée par du poisson avec un kig ha farz version mer (le Pesk ha farz). Par exemple, certains chefs bretons proposent un kig ha farz à base de cabillaud ou de lotte, cuits dans un bouillon iodé rehaussé d’algues pour rappeler les saveurs marines. Cette alternative convient particulièrement à ceux qui recherchent une version plus légère ou qui souhaitent mettre en valeur les produits de la mer.

Plus audacieux, quand on connait l’Histoire du kig, on entend aussi de plus en plus parler de Veg ha farz, le kig ha farz végétarien sans viande ! 

Bref, ce plat, tantôt traditionnel tantôt modernisé, n’a pas fini de faire parler de lui tant il est adaptable à nos différents modes de consommation !


Un symbole de convivialité

Comme mentionné précédemment, au-delà de son aspect culinaire, le kig ha farz demeure un symbole de convivialité. Il est traditionnellement préparé pour des repas de famille ou des grandes tablées, reflétant l’importance des moments partagés dans la culture bretonne. Aujourd’hui encore, il n’est pas rare de le retrouver au menu lors de fêtes locales ou d’événements associatifs, à l’occasion d’un anniversaire en famille ou entre amis et même en version plus raffinée et revisitée pour un mariage ! 


Conclusion

Le kig ha farz est bien plus qu’un simple plat : il est le témoin d’une époque, d’un mode de vie et d’un savoir-faire transmis avec soin. Originaire du pays du Léon, il illustre parfaitement comment la cuisine peut résulter d’une adaptation intelligente aux ressources locales et aux besoins de la vie quotidienne. Sa récente renaissance prouve que, même dans un monde en constante évolution, les traditions culinaires ont toujours une place de choix à notre table.

+ d'infos à se mettre sous la dent !

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